L’Uruguay ne nous aime pas !


Colonia, Montevideo, 29/5-2/6.
L’Uruguay est une destination idéale pour le WE lorsqu’on est à Buenos Aires. Colonia est à 1h de bateau et Montevideo à 3. Initialement, on pensait y passer une dizaine de jours mais après avoir récolté pas mal d’informations lors de nos rencontres avec d’autres voyageurs, on s’est limité à 5 jours.


On n’avait pas encore passé de frontière (virtuelle) avant de monter dans un bateau, c’est désormais chose faite au terminal Buquebus de Buenos Aires. La traversée sur les eaux fauves du Rio de la Plata est expédiée le temps de déguster une mini bouteille de Chandon ! Une heure plus tard on débarque à Colonia del Sacramento pour rejoindre à pied la très charmante guesthouse (Posada del Virrey) qu’Adèle nous a trouvé, dont le toit-terrasse devant notre chambre donne sur le Puerto Viejo.




Le Barrio Historico (quartier historique) est classé au Patrimoine Mondial de l’Unesco et dans le bateau, je m’étais préparé à fond pour assurer la visite : appareil photo, OK ; batterie, OK ; GoPro, chargée et vu qu’on n’a que 2 jours sur place, j’avais tout de suite préparé Adèle à partir en ballade après avoir déposé nos sacs dans la chambre. Donc pas de sieste, pas de déballage, pas de truc de fille, on bouge “fissa“ surtout que le ciel est encore à peu près bleu et que le lendemain, la grisaille est au programme !! Vu qu’on loge dans la veille ville, on a déjà pu avoir un petit aperçu de bâtisses coloniales dans un état de conservation plus ou moins aléatoire.



En foulant les pavés usés des ruelles de la vieille ville, on a une (première) déception : le quartier est ouvert à la circulation et il y a moult voitures (récentes forcément) qui sont garées devant les bâtiments et font taches avec le cachet ancien des façades. Pour les photos, ce n’est vraiment pas génial ! En cherchant bien, quelques rues sont cependant préservées avec même d'anciennes voitures pour agrémenter les photos :




Deuxième déception, même en prenant largement notre temps, on a bouclé le tour du quartier en moins d’1h, photos comprises !! Du coup, on grimpe au sommet du Faro (phare) pour s’assurer qu’on n’a rien loupé……… et bien non !! On accuse le coup et on descend sur la place principale, la Plaza Mayor 25 de Mayo, pour grignoter un morceau et noyer notre déconvenue dans l’alcool vu que de tout façon, la plupart des musées qu’on voulait voir avaient justement leur jour de fermeture aujourd’hui !!




En rentrant à la guesthouse, on repère un resto de parrilladas (assortiments de grillades) mais qui se révèle fermé 3 heures après lorsqu’on voudra y dîner ! Dans la vieille ville, ce ne sont pas les restos qui manquent et ils ont pratiquement tous leur carte traduite en plusieurs langues. J’ai oublié de le mentionner mais il n’y a évidemment que des touristes étrangers dans les rues du quartier ou sur les terrasses. Heureusement, les prix sont encore corrects et cela nous permettra de faire connaissance avec les vins uruguayens.

Notre deuxième jour à Colonia se passe sous un ciel couvert et d’humeur bougonne, je décide d’entamer une grève photographique, laissant mon réflex dans la chambre. Mais Adèle, désormais experte avec les modes créatifs de son Panasonic, ouvre le concours photo. Elle a un faible pour les effets “impressionniste“ et “vieille photo“ dont les résultats sont assez sympas avec ce temps tristounet. Faisant un effort pour mettre ma mauvaise humeur de côté, je lui chipe son compact et commence à m’amuser en testant les modes “sépia“ et “N&B“.










Adèle saura définitivement me rendre le sourire en improvisant une dégustation de vins accompagnée de picadas (amuse-gueules). Le Chardonnay se révèle excellent et on est agréablement surpris par un Riesling. En partant de la bodeguita, on achète une bouteille de Chardonnay pour l’apéro du soir qu’on veut prendre dans notre chambre bien douillette. Mais déception encore, bien trop jaune pour du Chardonnay, le contenu du flacon a totalement madérisé, à moins que ce soit un essai de recette visant à concurrencer un vin du Jura !! Mais on a une part de responsabilité car on goûte 3 excellents vins et on en achète un 4ème sans même demander l’avis du sommelier, seulement parce qu’il avait le même nom que notre guesthouse et que le clin d’œil était amusant…


 J’ai oublié de mentionner les 7 musées présents dans le quartier pour lesquels il existe un pass vendu une misère (50 UYU, env. 1,60 €) mais il est impossible de les voir tous car ils ont chacun un jour de fermeture différent. On a dû en faire 5 mais après 8 mois, il est parfois difficile de nous émerveiller lorsqu’on a vu certains des prestigieux musées qu’on a pu visiter depuis le début de notre périple. Quand on visite un “petit“ musée local, on essaye de ne pas être blasé mais on a sérieusement du mal à s’extasier dans une salle entière de vitrines remplies de pierres rondes (qu’Adèle appelle les “bolele“) utilisées par les gauchos dans la confection de boleadoras (fronde pour capturer le bétail). On retient néanmoins la Casa Narcello sur la place principale, une très belle demeure coloniale portugaise du début XVIIIe avec son mobilier d’époque.
Malgré ces petites déceptions, on part de Colonia avec la satisfaction d’avoir passé 2 nuits dans un hébergement charmant et coquet tout en goûtant d’excellents vins d’un terroir qui nous était totalement inconnu.


C’est en bus qu’on rejoint Montevideo, la capitale uruguayenne, où l’on retrouve les mêmes nuages bas qu’on pensait quitter à Colonia. On a donc continué notre série de photos sépia et N&B ! Sauf pour le mausolée du général José Artigas, grand héros national, dont la dépouille veillée par des soldats en arme, repose désormais dans le sous-sol de la Plaza Independencia. L’endroit à peine éclairé nous fait immédiatement penser au tombeau de Lénine sur la Place Rouge, la paranoïa sécuritaire en moins car le lieu est totalement libre d’accès !

Outre la colossale statue de 17 m du général à cheval au centre du parc, c’est le Palacio Salvo (1927) et sa tour de 26 étages qui nous impressionne dès qu’on traverse la place. Moins tape à l’œil, sur l’autre côté se trouve l’ancienne résidence présidentielle, le Palacio Estévez et la Puerta de la Ciudela (seul vestige de la citadelle coloniale détruite en 1833) et plus en retrait, le Teatro Solis (1856), une autre très belle salle, qui certes ne rivalise pas avec le théâtre Colon, mais n’est pas dénué de charme.





Pour notre hébergement, Adèle a déniché à la limite de la Ciudad Vieja et du Centro, le Plaza Fuerte Hotel qui, à priori, remplissait tous nos critères esthétiques : superbe immeuble de 1913, escalier en marbre, tapis rouge, ascenseur d’époque qui mériterait à lui seul de transformer le lieu en musée et un bar-terrasse au 5ème étage qui offre une vue sur les deux barrios. Tout commençait bien puisque d’une chambre double normale, on a été surclassé dans une suite duplex !! Mais en y regardant de plus près, on voit bien que les heures de gloire de l’établissement sont derrière lui et que l’ensemble vieillit assez mal avec des tâches d’humidité et la peinture qui s’écaille sur les murs. Mais on a vu pire… Tous les efforts doivent d’ailleurs être consacrés au couloir qui lui, impressionne toujours, dès qu’on monte par l’ascenseur ou par les escaliers. Le “bar-terrasse“ n’est plus qu’une “terrasse“ et le bar fantôme a été vidé de tout son mobilier ainsi que de tout son contenu standard (barman, bouteilles, verres, éclairage, etc.). Mais je reviendrais sur notre expérience de l'hôtel…




On se réjouissait d’arriver un samedi en milieu de journée pour assister à l’effervescence de la capitale. Ainsi, on improvise une ballade de la Ciudad Vieja au vieux port. Ce quartier en pleine réhabilitation regorge de maisons basses coloniales, d’immeubles Art-Déco et néoclassiques. Mais à notre grande stupeur, les rues sont désespérément vides, limites inquiétantes si on n’était pas dans l’une des villes les plus sûres d’Amérique du Sud. Les rideaux des boutiques et des restaurants sont fermés à tel point qu’on a dû se réfugier au McDonalds de la Plaza Constitución pour remplir nos estomacs vides. La plus vieille église de la ville, l’Iglesia Matriz, est également fermée, donc on repassera…



Au vieux port, en face de l’imposant et austère Edificio de la Armada, on trouvera enfin un peu de vie au Mercado del Puerto, une immense halle en fer forgé regorgeant de parrillas dont les viandes succulentes nous font amèrement regretter nos hamburgers insipides engloutis quelques dizaines de minutes plus tôt ! Mais on fait le tour des restaurants pour faire notre choix car, c’est sûr, nous reviendrons le lendemain !!





En attendant, on visite le très intéressant Museo del Carnaval dont la fête centenaire est une véritable institution à Montevidéo, peut-être même davantage qu’à Rio de Janeiro. En tout cas c’est le seul “carnaval-spectacle“ avec évidemment des défilés de chars mais surtout des shows mêlant danses et chansons allant jusqu’à 50 personnes sur scène.








Le soir, on visite enfin l’Iglesia Matriz dont la beauté simple de l’intérieur méritait largement d’y revenir. Les rues sont toujours aussi vides et on galère pour trouver un resto ouvert pour le soir. On finit par demander au réceptionniste de l’hôtel si le Brésil a déclaré la guerre à l’Uruguay (ne trouvant pas d’accord pour savoir qui a le plus beau carnaval !!!) et s’il y avait un couvre-feu en ville ? C’est alors qu’il nous explique que c’est un week-end d’élections et que la vente d’alcool est interdite, poussant la majorité des restaurateurs a fermer leurs portes. Par ailleurs, le quartier d’affaires jouxtant la vieille ville ne fonctionne qu’en semaine et beaucoup d’établissements sont carrément fermés le WE ! C’est également pour raison d’élections qu’on ne pourra pas visiter le Teatro Solis qui a, en plus, son jour de fermeture hebdomadaire le lundi !!



Le dimanche, il paraît que tous les Montelivianos squattent les ramblas en famille ou entre amis tout en sirotant leur gourde de maté. Ça tombe bien, il fait un temps splendide qui sonne le retour de la couleur dans mes prises de vue ! Du coup, on retourne sur la Plaza Independencia pour faire quelques clichés ensoleillés et on trace sur la grande avenue commerçante de la ville, l’Avenida 18 de Julio, jusqu’à trouver un bus qui nous amène au barrio de Pocitos où l’on déambule à la recherche de la maison la plus colorée !




De là, on revient le long des ramblas jusqu’au Parque Rodó où les enfants descendent la colline du golf voisin sur des luges improvisées au moyen d’emballage en carton. Entre les deux sur la Punta Carretas dominée par son phare, on croise des hordes de pêcheurs sur les pontons mais aussi des amoureux de tout âge qui préfèrent rester dans leur voiture, à l’abri du vent frais en écoutant de la musique, tirant sur leur bombilla tout en scrutant les eaux fauves du Río de la Plata.





Au pied du Parque Rodó, on trouve la Playa Ramírez aussi désertée que les ruelles de la vieille ville ! Heureusement, il y a davantage de foule dans le parc, sur les pédalos du lago ou dans les étroites allées du marché qui le borde.


On a ainsi parcouru 7 km de rambla (sur 25 !!) et notre modeste effort méritait bien d’être récompensé par un bife de lomo bien saignant et on en salive déjà sur le trajet retour jusqu’au Mercado del Puerto




Pour notre dernier jour dans la capitale des Uruguayos (à prononcer “ourougouachos“), on enchaîne les musées qui sont enfin ouverts. Le Museo de Artes Decorativas qui occupe le superbe Palacio Taranco (1910), dessiné par 2 architectes français, dont les chambres et les splendides salons regorgent de meubles d’époque dans un état exceptionnel qui nous transportent instantanément au début du XXe siècle. Au second niveau, une exposition temporaire est dédiée à Los Caprichos (Les Caprices) de Goya, avec un extrait des 64 gravures (sur 80) satiriques de la noblesse et du clergé.



On enchaîne notre matinée culturelle avec le Museo Historico Nacional qui propose une très vaste collection de tableaux et d’objets qui retracent l’histoire uruguayenne et ses batailles d’Indépendance. Il y a une large exposition de portraits du général Artigas à toutes les époques de sa vie.





Enfin nous allons dans un “musée“ qui n’est dans aucun de nos guides touristiques (car ouvert en 2013), le Museo de los Andes, consacré au vol 571 (Montevideo-Santiago via Mendoza) qui se cracha le 13 octobre 1972 en pleine Cordillère des Andes à 3600 m d’altitude. On passe devant l’entrée par hasard et on pense immédiatement au film très hollywoodien « Les Survivants ». Malgré l’entrée un peu chère, on se décide à rentrer, accueillis par le responsable de l’exposition. Le musée n’est pas très grand, quelques objets appartenant aux rescapés, quelques bouts de carlingues du Fairchild FH-227, des photos et des textes racontant les faits durant les 72 jours d’isolement avant que Roberto Canessa et Fernando Parrado après plusieurs tentatives rallient enfin la civilisation pour prévenir les secours au terme de 10 jours d’expédition ! L’exceptionnelle (més)aventure des 16 survivants (sur 45) est racontée par le responsable avec une passion rapidement contagieuse. Ce dernier a rencontré les survivants et a même été sur le site pour ramener ses propres photos, ce qui rend l’expérience encore plus immersion.


L’exposition a le bon goût de ne pas mettre en avant le “cannibalisme“, il est seulement évoqué comme moyen de survie parmi d’autres trouvé par de jeunes étudiants qui ne connaissaient ni le froid, ni la neige, à des milliers de km de leurs foyers douillets et bourgeois de la capitale uruguayenne. On y est resté près d’1h30 et on recommande vivement cette visite. En sortant, on sourit car il est fort probable qu’on fasse exactement le même trajet au-dessus de la Cordillère des Andes (Mendoza-Santiago) lorsqu’on quittera l’Argentine pour le Chili, à moins qu'on ne préfère le bus…
Pour en revenir à notre hôtel malgré le cachet du lieu, on a vite déchanté à la fin de notre séjour. Dès le deuxième jour, on avait signalé que le rideau occultant de la fenêtre ne fermait plus. Pas dramatique en soi mais toujours chiant quand on essaye de dormir avec les néons rouges de l’enseigne de l’hôtel d’en face, allumés toute la nuit. On l’a signalé à nouveau le jour suivant mais personne n’est jamais venu et je pense qu’à l’heure où j’écris ces lignes, ce foutu rideau doit toujours pendre lamentablement derrière les voilages. En 3 jours, le mini bar, bien dévasté dès le premier soir, n’a jamais était rempli ! Pour couronner le tout, au moment du check-out, la réceptionniste nous a pris pour de gros pigeons. Voulant payer en pesos et non en dollars, l’hôtel convertit la facture établie en devise américaine avec un taux de change de 1 USD pour 25 UYU alors qu’il côte 22,50 UYU au moment de notre séjour.
Deuxième arnaque, la même réceptionniste nous appelle un taxi et nous annonce une course à 900 UYU (env. 29 €) pour parcourir les 25 km jusqu’à l’aéroport. Dans les commentaires de Booking, on avait lu que le prix demandé était de 850 UYU, on ne s’est donc pas formalisé de cette petite inflation ! Les compteurs des taxis en Uruguay n’affichent pas le montant de la course mais un code qu’il faut ensuite reporter dans une interminable table de correspondance pour en connaître le prix. Notre chauffeur accueilli par la jeune réceptionniste avec quelques messes basses complices a pourtant bien mis son compteur en route lors du départ mais à l’arrivée je regarde machinalement le code affiché sur son compteur mais sans demander le tableau qui curieusement n’est pas affiché ou visible dans le véhicule. Il nous annonce le prix convenu de 900 UYU que l’on règle sans sourciller. Une fois le chauffeur parti, je reste immobile à essayer de faire une règle de 3 à partir d’autres courses en taxi que l’on a faites. On finit par demander sa table de conversion à un autre chauffeur débarquant ses clients devant nous : avec le code du compteur que j’avais mémorisé, on arrivait à 515 UYU !!! Et voilà comment filer une com’ supplémentaire de 12 € que vont sûrement se partager nos 2 lascars… Je suis d’autant plus énervé car d’habitude on fait toujours super gaffe avec les taxis, allant jusqu’à tracer l’itinéraire sur Google Maps pour éviter de se faire emmener sur la route touristique. Mais sur ce coup là, on a relâché notre vigilance. Notre seule vengeance : la réceptionniste a oublié de nous compter le mini bar… qu’on avait vidé !!

Autre pseudo arnaque qu’on a découverte : au restaurant, lorsqu’un étranger règle par CB, il s’applique un descuento non négligeable d’environ 18% (ley 17934) sur l’addition qui n’est jamais décompté lorsqu’on paye en cash. La plupart du temps, il n’y a même pas d’addition et le serveur se contente de balancer un montant à la volée ! Donc si vous allez en Uruguay, payez le plus souvent en CB et ne prenez que des pesos pour les taxis, les musées et le shopping.


Bref entre la météo pas terrible, les quartiers sans vie pour cause d’élections, les restos et les musées fermés, les déceptions touristiques et les arnaques, on sent bien que l’Uruguay ne nous aimait pas !! Mais il est vrai que le contraste était peut-être un peu violent après notre coup de cœur pour la bouillonnante Buenos Aires qu’on a découverte un WE de fête populaire... Du coup, on est presque content de reprendre l’avion pour l’Argentine, direction Salta et le Nord-Ouest andin !!

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